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C R O C I N F O S

[Festivals culturels en Côte d’Ivoire] Entre héritage ancestral et leviers de développement local

[Festivals culturels en Côte d’Ivoire] Entre héritage ancestral et leviers de développement local

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De l’Abissa de Grand-Bassam au FESTIBO de Bouna, les festivals culturels se sont imposés en Côte d’Ivoire comme des leviers majeurs de valorisation des identités locales, de transmission des traditions et de cohésion sociale.

Abidjan, le 15 janvier 2025 (crocinfos.net) - Panorama des festivals culturels en Côte d’Ivoire : origines, rôles et enjeux. De l’est à l’ouest, les régions valorisent leurs arts, traditions et identités à travers des événements devenus incontournables.

Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire vit au rythme de ses festivals. De l’est à l’ouest, du sud au nord, en passant par le centre, chaque région a fait le choix de promouvoir, valoriser et pérenniser sa culture, ses arts et ses traditions à travers des événements festifs devenus des repères identitaires majeurs. Ces rendez-vous culturels, souvent très attendus par les populations, traduisent une volonté collective de sauvegarder l’héritage ancestral tout en l’inscrivant dans la modernité.

Avant d’interroger le pourquoi, le quand et le comment de cette effervescence culturelle régionale, il convient de revenir à la notion même de « festival ». Issu du latin festivus, le mot renvoie à la fête, à la célébration et au rassemblement. Un festival est avant tout un espace de communion, de partage et de mise en valeur d’expressions artistiques, culturelles ou spirituelles, autour d’une identité commune. En Côte d’Ivoire, il dépasse largement le cadre du divertissement : il est un outil de transmission intergénérationnelle, de dialogue social et de développement local.

C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’organisation structurée de ces événements, souvent pilotés par des comités locaux avec à leur tête un commissaire général. Ce dernier joue un rôle central : coordination des acteurs, mobilisation des partenaires, respect des traditions et adaptation aux exigences contemporaines. À travers cette gouvernance, les festivals gagnent en crédibilité, en visibilité et en pérennité.

Anciennement dénommé Festival des danses traditionnelles du Bounkani, le FESTIBO est devenu le Festival des Arts et Cultures du Bounkani, illustrant ainsi une évolution significative dans sa vision et son ambition. Organisé à Bouna, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, il incarne parfaitement cette mutation.

Initialement annuel, le FESTIBO est désormais biennal et se tient chaque mois de décembre. L’événement met en avant la diversité culturelle de la région, tout en contribuant au renforcement de la cohésion sociale et à la stimulation du développement local. À travers des spectacles, des échanges et des réflexions autour du patrimoine, le festival attire des visiteurs venus d’autres régions du pays ainsi que de la sous-région ouest-africaine.

Aujourd’hui, le FESTIBO s’impose comme un véritable carrefour culturel et touristique du nord-est ivoirien. Son passage d’un festival centré exclusivement sur les danses traditionnelles à une manifestation plus globale dédiée aux arts et aux cultures s’est confirmé lors de ses éditions récentes, notamment la 12ᵉ édition en 2024, marquée par l’intégration de thématiques liées à la coopération transfrontalière et à l’aménagement du territoire.

Points clés du FESTIBO

Objectif : valoriser les traditions, promouvoir la culture locale, renforcer l’unité sociale et soutenir le développement du Bounkani.

Thèmes abordés : intégration culturelle, développement durable, coopération régionale, mobilité des populations.

Activités : spectacles culturels, expositions, conférences, panels de réflexion, débats et lancement de projets structurants, notamment le Village du FESTIBO.

Dans le centre du pays, le Festival des Arts et Traditions d’Akan (FATA), organisé chaque mois de juillet est un événement culturel majeur qui se tient à Sakassou , capitale traditionnelle du royaume Baoulé en Côte d’Ivoire, visant à promouvoir l'unité et la renaissance de la culture Akan, avec une portée nationale et internationale, célébrant l'identité et le patrimoine culturel Baoulé à travers des panels, des performances artistiques et des expositions, comme lors de sa 3ème édition en juillet 2025. À Tiébissou, le Tchéwi Festival, organisé chaque mois de novembre, poursuit le même objectif de valorisation identitaire en mettant l’accent sur les us et coutumes locales. Il offre un accès direct aux œuvres culturelles et artistiques à toutes les couches de la population, tout en favorisant le dialogue interculturel et en renforçant l’unité ainsi que la cohésion sociale.

L’événement se donne également pour missions de donner aux artistes de la région une véritable tribune afin de promouvoir leurs talents, de stimuler l’économie culturelle et sportive locale, et de créer un espace annuel d’expression et de ressourcement culturels et sportifs.

À travers cette dynamique inclusive, le Tchéwi Festival met en lumière le riche patrimoine culturel et sportif de la région de Tiébissou, tout en impliquant activement la jeunesse dans la préservation et la transmission de son héritage aux générations futures.

À ces festivals s’ajoutent de nombreux autres rendez-vous emblématiques : le Festival des musiques urbaines d'Anoumabo (FEMUA) à Abidjan, le Djaka Festival de Divo, le Boya GÔH de Bangolo à l’ouest, le Kalieh Festival de Dianra (FASI Kalieh) au nord, le Klôh-Klôh Festival dans le District de Yamoussoukro, sans oublier le Popo Carnaval de Bonoua et l’Abissa de Grand-Bassam, véritables institutions culturelles nationales.

Au-delà de la fête, ces événements jouent un rôle économique et social non négligeable. Ils dynamisent les économies locales, créent des opportunités pour les artistes et artisans, favorisent le tourisme intérieur et renforcent le sentiment d’appartenance communautaire. Ils participent également à la diplomatie culturelle de la Côte d’Ivoire, en projetant une image de diversité et de richesse culturelle.

Ainsi, les festivals régionaux s’imposent comme de véritables socles de la construction identitaire ivoirienne. À la croisée des traditions ancestrales et des dynamiques contemporaines, ils dessinent le visage d’une Côte d’Ivoire diverse, enracinée dans son histoire et ouverte sur l’avenir.

Médard KOFFI